Samedi 12 juillet 2008

Diary of the dead (2008)- George A. Romero
Par Le_Psychohistorien
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Mercredi 26 septembre 2007


28 weeks later (2007) - Juan Carlos Fresnadillo

5 ans après "28 days later", Danny Boyle assure la pérennité de son oeuvre en mettant aux commandes de cette suite l'espagnol Juan Carlos Fresnadillo, responsable en 2002 du très prometteur "Intacto".
Si Danny Boyle est alors pris par son projet "Sunshine", il viendra cependant réaliser la séquence d'ouverture du film (la plus mémorable, tous films de zombie confondus), et vient nous rappeler pourquoi on avait aimé "28 days later". Tout est là pour nous prendre à la gorge.
En quelques minutes, "28 weeks" nous balance en pleine poire une image magnifique, entre 16mm (intérieurs) et 35mm (plan héliporté de la course-poursuite), une bande-son hypnotique, sauvage et saturée qui est là pour nous bloquer la respiration. Tout ça savemment arrangé dans un montage sans répit et chirurgical (économique malgré son aspect frénétique, comme le simple rougissement de l'eau utilisé pour indiquer la mort d'un personnage sous l'eau).
Et si elle se permet une montée aérienne de temps à autre (comme par exemple dans cette séquence d'ouverture) la caméra se garde bien de s'éloigner du point de vue de la victime. Non pas de celui qui meurt, mais bien du point de vue de celui qui survit et voit mourir l'autre. C'est tout le génie de ce film. Et c'est notamment sur cela qu'est basée cette histoire.
C'est l'histoire d'un homme qui laisse sa femme mourir, plutôt que de tenter de la sauver.

La culpabilité du survivant.
Si cette séquence fonctionne autant, c'est, outre l'harmonie entre image, musique et montage, principalement par la dramatisation de la fuite du héros, que s'exerce la tension horrifique.
Car, si notre héros Don n'avait pas été avant introduit comme père de famille, mari aimant et apaisant (sa femme craque, lui pas), si Don n'avait pas ouvert sur les supplications de sa femme qui est une mère avant tout et ne peut se résoudre à laisser un enfant dehors, si Don n'avait pas finalement choisi de laisser l'amour de sa vie et la mère de ses enfants se faire dévorer par les zombies, car il ne pouvait rien faire pour la sauver. Si il n'avait pas eu, entre ses mains, le choix de la sauver, nous serions juste devant une version techniquement époustouflante d'un Resident Evil.
Mais non. Don court à perdre haleine et nous courons avec lui. Oui, il faut sauver sa vie. Mais comment courir en laissant là, derrière, sa femme. Comment courir alors qu'elle vous a supplié de revenir l'aider. Eh bien, en ne pensant plus à rien, juste la violence de chaque foulée et le sang qui bat dans les tempes. Plus rien n'importe à cet instant, la musique a remplacé le son et viole notre sang, plus profondément à chaque mesure. Il n'y a plus que la survie. La vue d'hélicoptère alterne avec la vue subjective des infectés qui lui courent derrière, comme pour donner à ses poursuivants la quasi-toute-puissance, excepté ce point de fuite mis en valeur par les différents angles que couvre la caméra héliportée.
 Point de fuite qu'emprunte Don, et qu'il suivra jusqu'au bout, comme si c'était l'unique possibilité de regarder en avant, de s'en sortir. Une manière pour le réalisateur de justifier le comportement de son héros. Celui-ci n'avait qu'une seule et unique possibilité de s'en sortir. C'est horrible, mais c'est celle-là.

Heureusement pour nous, les auteurs de 28 weeks ne lui laissent pas pour autant la conscience tranquille. Et le personnage campé (avec justesse, comme le reste d'un casting sans grande surprise malgré son efficacité, excepté peut-être la gouleyance de l'accent des acteurs anglais) par Robert Carlyle tirera la tension à lui jusqu'à sa mort, puisqu'alors nous savons quelques minutes avant lui qu'il est foutu. De son vivant, la culpabilité le ronge, et c'est ça le moteur du film. Car tout bascule dans ce baiser de pardon. Ce faux baiser de pardon, si étrange car, on sait comme elle sait, qu'il est empoisonné. Et pourtant quand Don se métamorphose, elle le couve d'un oeil tantôt froid et observateur, tantôt effrayé. Le pardon n'aura pas lieu, le pardon est impossible et Don laisse aller sa fureur contre celle qui l'a si longtemps hanté de son visage et de ses yeux suppliants. Voilà pourquoi il lui crève les yeux. Pour qu'elle ne puisse plus le regarder. Mais même morte, elle reviendra le hanter à travers leur fils (l'hérédité des yeux vairon transmise par la mère, encore cette obsession du regard coupable), puis c'est la voix de la fille qui, féminine, réactive l'image de sa femme, en train de l'appeler, mais de victime celui-ci est désormais passé bourreau.

Construire et déconstruire la peur.
Après la séquence d'introduction fort brillante et un démarrage assez classique : présentation des interdictions (le pont), des aides potentielles (l'armée) et des personnages secondaires (militaires encore), plantation des détails qui serviront par la suite (les yeux vairon, les tests sanguins, la carte accès toute zone, la mention du fameux code rouge).
Après tout ça, arrive la première interdiction bafouée. Les gosses traversent le pont, et c'est parti pour l'acte II. Sous tension en permanence car nous sommes en zone contaminée. Génial.
La mère qui fait son come-back est un très beau pivot de première moitié d'acte, rendant ainsi plus complexes les relations interpersonnelles. De plus, l
e loup est dans la bergerie.
Fin d'acte II, le père est contaminé. En "tuant" le personnage principal au beau milieu du film, les auteurs jouent leur va-tout et libèrent tout un pan attendu de par le genre du film, la propagation du virus. La peur prend alors une nouvelle forme car mis à part les enfants, la militaire et le sniper restent les seuls (et encore !) personnages pour qui le spectateur est à ce stade encore capable d'empathie. Le facteur anxiogène n'est plus la peur d'une épidémie, mais l'épidémie elle-même. Après une première vague d'angoisse reposant sur la contamination proprement dite, les auteurs en activent une seconde, en surenchère, par rapport à la menace du virus. C'est l'homme cette fois qui, hommage à la tetralogie de Georges Romero, va devenir une menace pour l'homme.
Cependant, où Romero préfère pointer du doigt l'absurdité du genre humain et du système capitaliste, ici l'extermination humaine a lieu car toute autre alternative est impossible. Les rapports entre cet acte et le conflit Iraquien (28 semaines plus tard, les Etats-Unis ont repris le contrôle de l'Angleterre après assainissement) sont évidents à identifier, mais bien complexes à analyser. Car la cruauté de ce massacre est impossible à cautionner moralement. D'ailleurs notre sniper rebelle décide qu'il y avait eu un enfant de trop dans son viseur et s'arrête de tirer quand d'autres snipers plus résistants à la souffrance d'autrui laissent s'exprimer leur fureur et leur folie. La fureur. C'est la traduction anglaise du "rage virus", le virus de la fureur. La correspondance entre les militaires et les infectés est évidente.
Quand arrive la conclusion du film, pourtant, il faut se rendre à l'évidence, il n'y avait pas d'autre alternative. Tous auraient dû mourir. C'est une toute autre optique que celle de la fin de "Day of the dead" de Romero, où les rescapés s'envolent vers l'avenir et l'espoir.
Le massacre repose sur une tension de même nature que celle du début. Nous suivons, vu des toits, des hommes torturés par un choix impossible à faire et qu'ils sont pourtant forcés à faire.
Même système: tuer (ou laisser mourir) ou être tué. Battle Royale en avait fait avec force son moteur dramatique...
Cependant, les choses ont tellement évolué depuis la contamination du père, que l'objectif a du mal à être remplacé. De "éviter l'épidémie" nous passons à "sauver les enfants pour éventuellement trouver l'anti-virus" (le "éventuellement" ici est une faiblesse). Les enfants deviennent à cet instant les protagonistes principaux et même si ils sont sauvés, leur enfance est détruite, leur innocence est partie avec leurs mère et père.
Ils n'ont plus grand chose à perdre si ce n'est la vie... et encore... puisqu'ils sont peut-être immunisés... (le "éventuellement" trouve ici sa force)
Et voilà comment en détruisant le ciment familial, les auteurs nous livrent un moment fort et terrible mais détruisent du même coup leur principe générateur de peur.

Nous somme à un peu plus d'1h de film et il reste encore le dernier acte: l'évasion.
Un dernier acte sans grand intérêt que d'apprécier un nouveau lieu et une nouvelle mort par tableau. La structure est celle, traditionnelle, des slashers. Dans ce IIIème acte, aucun noeud dramatique ne se crée et la tension retombe, malgré celui en attente, toujours noué, de Don, dans la nature prêt à se jeter sur ses enfants. Eclipsé par l'impact plus important de l'opposant militaire, Don se fond dans l'ombre et se fait oublier. Il ne représente même presque plus une menace pour nous ou nos héros.

On en attendait peut-être plus de cette suite, qui finalement révèle ses limites, en se traînant en longueur. Cette faiblesse scénaristique résulte certainement d'un désir de producteur (Danny Boyle en l'occurence), pour obtenir une durée classique de 100mn. Les premières versions ont dû révéler l'essouflement, mais un montage même elliptique n'y fera rien, il faut supprimer un à un les personnages secondaires, et cela prend du temps.
Peut-être le dernier affrontement est-il intéressant pour son contenu. Les enfants contre leur père.
Cela aurait pu (et aurait dû) être impressionnant, mais alors bien plus tôt, car quand le face-à-face final arrive, scène obligatoire que l'on attend depuis quelques tableaux déjà, on se fout de savoir qui va s'en sortir.
Et voilà un parricide qui n'est pas exploité à sa juste valeur... dommage.

En attendant le dernier épisode de la trilogie, "28 months later", qui devrait avoir lieu en Russie, avec Danny Boyle de retour derrière la caméra, on se passera en boucle l'excellente BO de John Murphy, et l'on essaiera de s'endormir avec dans les yeux le visage de Robert Carlyle en train de courir pour échapper à la meute d'infectés, et celui de Catherine Mc Cormack, appelant à l'aide derrière cette fenêtre avant de disparaître, happée par les enragés. Un échange de regards terrifiant et inoubliable.

Par Le_Psychohistorien - Publié dans : critiques
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Jeudi 7 décembre 2006


Casino Royale (2006) - Martin Campbell.

4 étoiles (sur 4) pour Télérama, 3 pour TéléCinéObs et les Inrocks, 2 pour Les Cahiers et Positif, et encore une, de trop, pour Le Monde.
Que dire de cet engouement massif des critiques pour le 21ème James Bond que certaines osent même appeler "le plus beau de la série" ?
Serait-ce dû à un anticonformisme poussé au ridicule ? Une malencontreuse vague de mauvais goût au sein des groupes de presse les plus respectables ? Des projections presse organisées tous frais payés aux Bahamas, qui sait ?

Dès le pré-générique, on le sait, ce James Bond ne sera pas traditionnel. Aux sempiternelles séquences d'action sans autres buts que de nous en mettre plein la vue (poursuite en hélico, ski, moto, etc.) et nous introduire à l'homme d'action qu'est James, Martin Campbell nous propose une séquence d'ouverture d'un nouvel ordre: un face-à-face cérémonial dans un noir et blanc esthétisant (mot qui, à mon grand regret, risque de revenir souvent au cours de cette critique) à l'issue duquel Bond acquiert son double zéro. A travers les flash-backs, déchirant la fixité et la pénombre de la scène présente par leur violence, nous découvrons donc le premier meurtre (plus une légitime défense qu'un véritable meurtre), ainsi qu'ensuite le second: un assassinat pur et dur que rien ne motive, sinon le besoin de montrer la brutalité irréfléchie du nouveau cru 2006. Deux possibilités s'offrent à nous: ou James est bien cette bête tueuse qu'il va falloir dompter (la volonté première des scénaristes était d'en faire un homme arrogant, puis brisé par une histoire d'amour trahie, et enfin reconstruit en le James Bond que nous connaissons, coeur d'artichaut en apparence mais blindé en profondeur), pourtant, n'en déplaise aux scénaristes, il n'a rien d'un homme arrogant et nerveux, mais plutôt d'un homme déterminé qui connaît très bien ses limites et tire dans la tête de son ennemi avec beaucoup de calme. Ou (seconde thèse qui, malheureusement, se confirme à maintes reprises par la suite) James a des raisons très profondes pour exécuter cet ennemi aussi froidement, et ce, malgré sa maladresse et son arrogance, mais nous spectateurs n'en avons aucune idée, ni même un petit indice. Là commence le principal problème de Casino Royale: que montrer, ou pas, et comment...

Second meurtre donc et dès lors, que dire de ce sang ridicule qui amène la première touche de couleur ? Rien. Car on espère encore.

Alors que la première séquence d'action aurait d'ordinaire déjà eût lieu, nous entamons donc ce nouveau James Bond avec appréhension. Quelle narration ? Quels codes ?
L'avantage d'un film de genre (et James Bond est bien entendu un film de genre) est qu'il répond aux codes du genre, que le spectateur connaît (à travers la culture de masse) à priori du film. Plus besoin donc d'expliquer au spectateur telle ou telle propriété du milieu dans lequel baignent les personnages. Economie de temps et de moyens.
Le problème avec Casino Royale est qu'il ne répond pas au cahier des charges des James Bond. Prenant le parti de la prequel, il ne pouvait donc pas être un James Bond traditionnel. Tout est donc à créer et surgissent petit à petit des preuves que nous sommes bien dans un Bond, ou plutôt des reliquats de Bonderies (qui devaient être en réalité des avant-goûts, mais se révèlent de pauvres reliquats posés ça et là à travers le scénario:
-L'affrontement obligatoire entre Mr Chiffre et James, (En commentant la scène de torture, Wade (Robert Wade, scénariste de Casino Royale) dit: "Si c'est fait de la bonne manière, il y aura beaucoup de jambes croisées dans les cinémas"), il faut croire que ça n'a pas été fait de la bonne manière...
-La voiture, belle Aston Martin, alliant le traditionnel prisé par James, à... rien en fait. C'est un vieux modèle retravaillé et c'est tout. Révélée tardivement dans le film et ne contenant qu'une petite boite à gants à usage unique, celui de le réanimer quand il aura fait un arrêt cardiaque, la belle voiture sait aussi faire autre chose, s'envoler sur un coup de volant. Record battu en ce qui concerne sa durée de vie.
-Le cocktail de James, dont on apprend la composition avant de le savoir "au shaker et pas à la cuillère". Merci pour tout messieurs les scénaristes, je crois que nous étions tous contents de connaître la recette du Vodka Martini à défaut du cocktail James Bond.
-La première James Bond girl (qui meurt au milieu de l'épisode), fade (dans sa séduction), inutile (quoique l'on veuille nous faire croire alors que Bond apprend de sa bouche où se trouve son premier adversaire), ridicule (à cheval sur une plage de sable blanc, au milieu d'une foule de touristes prenant le soleil). Elle permet d'introduire l'attirance légendaire (et stratégique) de Bond pour les compagnes des Méchants. Pourtant, cette fausse romance n'est-elle pas propre au James Bond traditionnel, celui qui doit "naître" à l'issue de sa première aventure ? Dixit les scénaristes encore une fois...

Reprenons au générique de début. Difficile de faire du James Bond sans une belle scène d'action en ouverture, voilà donc la scène qui débute. Mission organisée du Mi-6, dirigée par Bond, dont on ne sait rien sauf qu'il lui faut attraper un bonhomme qui court vite. James s'y colle et nous voici embarqués dans une course-poursuite remplie d'esthétisme prétentieux et d'effets spéciaux ("Nous allons nous éloigner du type de films bourrés d'effets spéciaux" - Martin Campbell), cascades et blabla, comme nous avaient habitué les derniers Bond avec Pierce Brosnan. A la différence près que, premièrement, l'interprétation de ces séquences était traitée avec une dose certaine d'humour, et SURTOUT, l'on comprenait les motivations des personnages courant les uns après les autres. Ici, grâce à une réalisation efficace digne d'Universal Soldiers, James poursuit un Yamakasi pendant un bon quart d'heure, avant de l'abattre et de faire démarrer le récit proprement dit: "Mmm... let's go to Bahamas !"

On commence à comprendre que James est plus Arnold Schwarzenegger que Bruce Willis. Et qu'il va falloir chercher à la loupe des finesses à ce nouveau personnage qu'est Bond. La suite à l'hôtel se veut drôle, elle ne fait que révéler la véritable nature de notre héros. James est confondu avec un portier. Très drôle. Très drôle, mais vrai. James a le charme d'une huître. Voilà, c'est dit.
Ah oui, nous découvrons aussi l'ennemi de Bond, Le Chiffre. Assez maigrichon, mais pourquoi pas. Plein de défauts, cicatrice à l'oeil (rappelons-nous Robert Carlyle), asthmatique, pourquoi pas. Pourquoi pas ?
Parce que ni la cicatrice ni l'asthme ne serviront par la suite dans l'histoire, voilà un détail gratuit et répétitif qui NE SERT A RIEN. Où sont passés les professionnels de l'écriture de scénario ?
Si ce n'était qu'une histoire de scénario...

La lumière est stylisée, trop stylisée: esthétique basses lumières, clairs-obscurs. Parti pris esthétique pour coller au côté obscur d'un James se cherchant ?
Vive la finesse... l'unique petit problème étant que le quart des inserts, permettant de voir certains objets (par exemple une corde qui lâche), ne sont pas assez éclairés (franchement éclairés j'entends). Donc parfois on ne comprend pas bien se qui se passe au beau milieu de l'action. Ce qui devient gênant quand en plus on ne sait pas pourquoi les personnages s'actionnent. Et quand toutes ces scènes peuplent près de la moitié du film, n'en parlons plus.

Vesper Lynd, magnifique agent double, essaie de pimenter la triste sauce, se rendant responsable de deux des scènes les plus réussies (la double évaluation psychologique est une réelle bouffée d'oxygène), teintées d'un romantisme bienvenu dans cet univers très masculin et décérébré. Mais rien ne sauve James de son regard bovin (ou de primate, au choix), responsable peut-être de son aveuglement amoureux envers Vesper. Qui se révèle, pas besoin d'avoir fait un séminaire d'écriture scénaristique pour l'avoir deviné, un agent double.
D'ailleurs "La porte est ouverte pour Bond, émotionnellement," dit Campbell. "Il est amoureux de Vesper [...]
Peut-être faudrait-il rappeler à Martin Campbell qu'on ne tombe pas amoureux, follement, comme ça, dans un James Bond. Et ce tremblement de terre émotionnel que vit Bond n'a aucune réalité dans le film. Tout au plus, nous voyons Vesper à travers le regard de Bond comme nous voyons n'importe quelle autre des dizaines de James Bond girls qui ont peuplé (peupleront) le tableau de chasse de James. Alors quand il pense raccrocher, on le jauge, on le juge et on le prend pour un p'tit gars marrant. Bond la brute fond pour devenir Bond le gentil p'tit gars au coeur tendre. Incroyable. Heureusement d'ici dix minutes (et une déception amoureuse plus tard), il va retrouver de la conversation comme il les aime. Poursuite, flingues, bâtiments qui s'effondrent... on retrouve notre Shwartzie. Mais comment ont-ils pu nous faire croire que James Bond était un bisounours ? Ah oui c'est vrai, on n'arrive pas à y croire...

Pour en finir, à l'envolée, on remarquera une scène sympathiquement mauvaise où James sort de l'eau retrouver sa chère et tendre sur une plage dans des tons très 60's, horrible hommage à l'époque "Sean Connery". Un acte entier est dédié à la partie de poker, dont l'intérêt est très limité pour ceux qui n'ont jamais joué au Stud'7 (c'est-à-dire les 90% des spectateurs, à qui je reconseille le vraiment pas mal  "Rounders" - Les joueurs en VF) et à mon avis, très limité également pour ceux qui y ont joué (je parle en connaissance de cause). Lors des jeux, le grand méchant se trouve menacé par d'autres méchants, pourtant de simples et vulgaires émissaires, défaits en deux temps trois mouvement par Bond, et voilà, encore une règle que les scénaristes ont cru bon d'utiliser comme papier toilette:
Un grand méchant battu ou effrayé par un autre grand méchant, perd son statut de grand méchant. Comment dès lors ne pas rigoler quand arrive la fameuse scène de torture, le fameux grand face-à-face final ?
On peut reprocher le grand-guignol de la fin de certains épisodes (je pense surtout aux derniers avec Pierce Brosnan (qui est certainement après Sean Connery le James Bond ayant le plus charme)), ceux-ci restent cependant plaisants tout le reste du récit, car ils suivent ces codes que l'on s'attend à retrouver épisode après épisode. Le plaisir de se sentir en terrain connu tout en vivant de nouvelles aventures est indéniable, et avoir joué avec cela a certainement porté préjudice à ce dernier volet.
Pour terminer par le plus dramatique, je me dois d'insister sur le principal problème du film qui est de laisser le spectateur toujours en retrait du personnage. Nous pourrions en savoir plus que lui, nous devrions en savoir autant que lui, et nous en savons toujours moins que lui, à chaque instant. Que ce soit pour cette scène du début où nous ne comprenons rien à cette poursuite, ou à cet instant où Bond regarde son téléphone en pleine poursuite, comprend quelques chose et repart (et bien sûr nous, spectateur, n'avons pas eu le droit de voir ce qu'il y avait dessus, ce qui nous place à un degré inférieur de compréhension que le personnage), incessemment, les auteurs s'autorisent à nous laisser derrière. A la traîne. Voilà où nous sommes, à chaque instant, dans ce film: à la traîne, comme des boulets. Trimballés de rebondissement en rebondissement, jusqu'à cette fin salvatrice, où enfin l'agent double se dévoile. Plaisir trop court malheureusement, le héros un peu hésitant, rempile pour la sauver, notre Bond au grand coeur. A croire qu'ils n'ont vraiment pas su dessiner ce soit-disant nouveau personnage qu'ils ont osé appeler Bond. James Bond.

Ratage immense pour ce 21ème Bond donc, celui qui a pourtant asservi les critiques. On verra ce qu'on verra pour le 22ème, et cette fois il n'y aura plus de pseudo excuse du type c'est un premier épisode. Les esprits reviendront peut-être sur l'absurdité de celui-ci. Permettons-nous de rêver...

Par Le_Psychohistorien - Publié dans : critiques
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Dimanche 25 juin 2006
Par Le_Psychohistorien - Publié dans : critiques
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Lundi 8 mai 2006


Crash (2004) - Paul Haggis.

Le titre français est différent du titre international. Quelle politique derrière ce geste de transformation ?
Aucune, car en dehors des Etats-Unis, le mot "crash" est autre chose qu'un mot ancré dans l'inconscient de chacun, c'est un mot politique. Il n'y a que sur son sol natal, porteur du traumatisme que ce mot peut espérer échapper à la politique. Et le film de Paul Haggis se veut apolitique.
Une subtilité d'interprétation gagnée (une collision permet éventuellement de rebondir, ce qui semble être en partie le propos du film) pour une de perdue, donc. Premier travail sémantique, premier point marqué.

Dans une esthétique empruntée à Steven Soderbergh, Paul Haggis filme l'histoire qu'il a inventée et scénarisée. Rare dans le paysage audiovisuel américain, ce statut d'auteur-réalisateur aura nécessité le soutien de pas moins de 5 maisons de production pour porter la structure déjà pensée dans son intégralité par son auteur. Car le point fort de cette histoire est, outre son fond (une réflexion profonde sur la cohabitation des communautés) une formidable construction formelle, un patchwork que seuls quelques maîtres arrivent à faire aboutir. Mais là où Robert Altman se permettrait un voire deux croisements de personnages dans toute son histoire, donnant lieu à quelques pivots dramatiques à l'intensité très forte, Paul Haggis les multiplie et les démultiplie, à l'origine de la cohérence de son univers où la tolérance des coïncidences est poussée à son extrême, débouchant sur un nombre impressionnant de scènes fortes, tant dans l'entremêlement que le dénouement des fils de la narration.

Une première scène d'exposition pose le ton. Insultes raciales (qui a tort ?), ironie de situation (on découvre à mi-course que les accidentés sont de la police), importance des paroles supérieure à celle des images (premier dialogue en situation acousmatique totale dans le noir, cependant l'effet est toujours justifié par l'histoire, comme ici par l'accident : point de vue subjectif des personnages, les yeux encore fermés suite à cet accident).
"Collision" est un film qui parle beaucoup. Mais le vrai dialogue avec le spectateur est ailleurs.
Car derrière tous ces personnages qui parlent, expliquent et cautionnent leur comportement, il y a leurs actions, ce qu'ils retiennent au fond d'eux qu'ils expriment enfin, parfois, sous pression, leur vraie nature, parfois sombre, parfois pleine d'humanité.

Voilà le travail efficace de portraitiste de ce conteur d'histoires abonné très longtemps à l'écriture de téléfilms. Mais les valeurs en jeu ici ne sont pas celles d'une série TV, c'est avant tout une histoire de racismes, d'intégration et d'intégrations. Axe central de développement, les personnages sont noirs, mexicains, WASP, turcs et asiatiques. Tous vivant avec leur histoire sur la peau, leur personnalité complexe bâtie au fil des ans (dont on nous raconte le strict minimum nécessaire à l'histoire), bâtie par chacun à sa manière, quitte parfois à choisir la dissimulation (la femme du réalisateur, clairement métisse, mais s'identifiant à une blanche, ce qui ne peut être qu'un choix de casting pour une actrice qui devait être blanche dans le scénario, mais, choisie métisse pour le film, complexifie d'emblée son personnage)
Cependant, une galerie de portraits n'est pas suffisante pour raconter une bonne histoire.

Il faut des situations et des actions. Et "Collision" les provoque, car chaque incident déclencheur se trouve inextricablement lié à un autre dans le schéma déterministe que pose le film.
Schéma qui favorise une interprétation de type : "Tout arrive et tout est explicable, voilà l'origine du mal", mais du fait de la nature de film choral, les interprétations s'opposent, se démontent mutuellement ("Vous avez eu la même éducation" lance un inspecteur au flic noir dont le frère est délinquant), bonnes fois se faisant face, mais surtout aucun fixisme. Car, la beauté de ce film est l'évolution de ces personnages.
Au sein d'un mélange d'intrigues de désillusion et d'éducation, ils se débattent dans un filet, et comme dans la vie, certains vont en sortir grâce à leur force et d'autres par chance, certains seront pris au fond par malchance ou parce qu'ils l'auront cherché. Tous auront appris de la vie. C'est ça une grande histoire.
Une histoire des Etats-Unis, une Amérique constatée, une histoire difficile qui s'évade des préjugés en les mettant en avant, en en faisant le moteur des relations intercommunautaires. Car si le stéréotype est répréhensible, il est une variable nécessaire à ce Los Angeles gangréné, décrit avec finesse par Paul Haggis.

Malgré quelques plans à rallonge magnifiant l'héroïsme ou la chute de certains personnages par des ralentis (maladroit voire ridicule lors de la scène de l'escalier), le rythme est maintenu de bout en bout, car chaque scène écrite et réalisée sert à faire avancer l'histoire, pour les protagonistes et rarement pour le spectateur (la scène de révélation des balles à blanc par exemple, qui ne sert qu'à ça).
Les règles de dramaturgie sont omniprésentes, en effet chaque scène sert à une évolution des personnages. Chaque histoire est travaillée pour tendre vers un point d'orgue que l'on devine, que l'on attend (et ce, selon le bon vouloir du conteur), les confrontations de chaque personnage avec son opposant, un autre personnage avec sa propre histoire lui aussi, ses propres démons. Et chaque "collision" a bien finalement lieu, mais, et c'est là tout le génie du récit, JAMAIS de la manière dont on l'attend. Chaque résolution inattendue permet d'infléchir sur le mouvement d'une autre histoire, donnant un traversée unique, parfois comprise à rebours, à travers ces différentes tranches de vie, une traversée maîtrisée dont chaque élément a été choisi avec soin pour donner vie à ces êtres, les faire vivre dans notre imaginaire en dehors du film.
Si ce n'est pas la marque d'une réussite, d'avoir refermé chaque histoire tout en ayant réussi à laisser entr'ouvert tout ce petit monde qui n'a pas fini de tourner même après le générique...

Plus qu'une réussite, un tour de force scénaristique, appuyé d'une réalisation esthétique et efficace, comme quoi, le film gros budget mais d'auteur existe outre-atlantique, sans être signé Woody Allen, Coen, etc...
A suivre donc, son prochain film "Honeymoon with Harry", qui, annoncé depuis 2005, n'a pas encore trouvé sa production...

Par Le_Psychohistorien - Publié dans : critiques
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Mardi 7 mars 2006

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 Les Bronzés 3, amis pour la vie (2006) - Patrice Leconte.
Par Le_Psychohistorien - Publié dans : critiques
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Mardi 24 janvier 2006

CtreTexte

 Munich (2005) - Steven Spielberg.

Ce film devait être fait par Spielberg, un jour ou l’autre. Car après les camps, le terrorisme antisémite est devenu avec le temps le nouveau traumatisme du peuple juif. La question était de savoir : où allait se placer le réalisateur dans cette histoire ?
Malheureusement, et très vite, une autre question vient déranger la première : le film, au-delà du propos (qu’on ne connaît pas encore), est-il réussi ? Malheureusement, et très vite, on se rend compte que le film est mal fagoté, que malgré une affiche très esthétique en clair-obscur, le film ne présente jamais cette finesse plastique annoncée. Une finesse plastique qu’on aurait aimée, en correspondance avec une finesse du propos.
Mais non. L’éclairage soit éclabousse grossièrement d’une lumière surexposée le camp des bons (le Mossad), soit laisse dans l’ombre la plus glauque le camp des méchants (l’OLP). Qui pouvait s’attendre à ça de la part de Spielberg ? Ceux qui ont détesté ses films les plus engagés ? Ceux qui ont trouvé popcorn et creux les derniers films du réalisateur ? Eh bien non. S’attendre à une pareille erreur de parcours, ça, non.
Car, au-delà du fait qu’il ne se lasse pas de démonter la cause palestinienne pour insuffler du courage à ses héros sanglants, ce film est mal interprété. On le savait avec Hulk, Eric Bana est fade et sans saveur. Ici, il n’émeut personne en tentant de pleurer (ce qu’il n’arrive pas à faire, on remarquera donc une scène de pleurs traitée par ellipse : au premier plan où notre homme crispe son visage pour feindre la crise de larmes, suivra celui, où allongé sur son lit, son visage a été au préalable badigeonné de larmes, bravo pour l’astuce, Steven !)
A côté de l’endive, il y a pourtant Mathieu Kassovitz et Ciarán Hinds, impeccables, et toute une floppée de seconds rôles brillants qui tentent tant bien que mal d’emmener cette galère à destination. Mais tout est fait pour leur barrer le passage. La profondeur de champ absolue donne un aspect irréel à certaines images (le Paris de 1970 et ses affiches ridicules en gros plan pour signifier les 70’s), et malgré la virtuosité de certaines scènes (Spielberg n’est quand même pas un tâcheron) le film n’arrive jamais à ancrer ses propres images dans l’imagerie d’archive qu’il convoite dès le début. Les fausses images d’archive de télévision recréées pour la séquence d'ouverture, reprises par la suite dans le réel du film, et donc retirées de cet écran de télévision, perdent alors toute crédibilité.
On pourrait aussi blâmer le monteur pour avoir fait un film aussi long, avec quelques effets ridicules (ralenti Petrol Hann à la fin, effet de scrolling de l'image par moments) mais on le blâmera plutôt pour avoir gâché certains moments en musicalisant les moments de recueillement des personnages (la mort de nos héros toujours traitée avec respect et honneur, à l'inverse des morts ennemies) par quelques petites notes de guitare entre deux chants en langue yiddish. Très jolie musique de film, mais un peu martelée tout de même. Non, ce n’est pas la faute du monteur, ou celle de l’ingénieur du son, si le film dure 2h40. C'est celle de Spielberg, qui voulait tout montrer, et passer deux heures sur chaque meurtre. Il fallait respecter l’histoire. Chronologiquement et laborieusement, défile une histoire longue et sans intérêt si ce n’est que de se rendre compte que pendant tout le récit rien n’avance, et qu’après le premier assassinat, et après le second et le troisième et le quatrième, rien n’a changé. Il y a un immobilisme dans ce film, un effort impressionnant pour ne pas évoluer, qui fait qu’on se lasse de l’histoire. Ce fixisme n'a pas de répercussions uniquement sur la somnolence grandissante du spectateur, car quand un récit cinématographique a une composante morale et historique aussi grande que dans ce film, il est absolument nécessaire de mesurer ses paroles. Et, même si, au bout du chemin, le gentil héros s’en va à gauche et que le méchant gentil, lui, part à droite, ce qui fait que notre héros reste moral n’est pas le fait qu’il refuse d’être l’Israélien qui colonise, l’Israélien qui prend conscience de son comportement anormal et immoral, non, mais le salut de sa santé mentale se trouve dans cette cause qui, apparemment se révèle n'avoir pas été totalement justifiée. Pas de regret de l'acte, mais le regret de l'illégitimité de la cible.
Ces onze terroristes auraient vraiment organisé cette prise d’otages, qu'ils auraient eu ce qu’ils méritaient. Voilà. Belle morale en vérité…

Parfois, pourtant, il y a Louis qui dit « Cela coûte cher d’avoir un toit », il y a cette discussion entre deux ennemis (qui, centralisés autour d’une histoire auraient pu être mille fois plus intéressant que cette histoire fade) qui tentent d’ouvrir le débat dans la tête d’Avner. En vain.
Il y a quelques moments réussis dans ce film. Tout d’abord le rôle des femmes. Il y a quatre femmes ici, dépeintes avec force. Quatre femmes symboliques :
L’enfant, que Spielberg sauve in extremis, Deus Ex Machina, après avoir fait frémir le spectateur (Oh non, pas l’enfant ! Ce n’est pas leur guerre, c’est dégueulasse ! Ah… ouf ! Ils ont une morale ces gens, quand même !) comme il sait si bien le faire.
La femme-tentation. Celle qu’il tue très sauvagement (scène très réussie par ailleurs, échappant de justesse au ridicule par la fin de la scène et le corps nu et honteux de Marie-Josée Croze) pour venger sa faiblesse d’avoir épargné l’enfant plus tôt dans le film.
La femme-mère, porteuse de tous les espoirs. C’est bien entendu la femme du héros. Douce et réticente au destin de son héros de mari, qui finira par se laisser faire l’amour violemment, patriotiquement. La femme idéale ? Cela donne à réfléchir.
Et enfin le visage de la mère. Incarnée par deux femmes : Golda Meir, co-fondatrice de l’état d’Israël, et la mère d’Avner, les deux entremêlées en un seul visage protecteur. Il n’est pas besoin d’en dire plus.
La seconde bonne surprise est cette scène annoncée par la présence de Mathieu Amalric, celle du repas en banlieue parisienne. Un moment hors du temps, hors contexte, magnifique, qui évoque, pour quelques minutes, plus les ambiances de James Ivory que l’atmosphère pesante des bas-fonds de l’Europe. Un lieu de libre parole, où les personnages s’expriment et sont écoutés. Un lieu patriarcal (la figure du père domine, alors que le "papa" d’Avner, lui, est en train de mourir dans son pays) qui confirme l’utilisation du symbole par Spielberg pour dénoncer la rigidité du comportement d’Israël. Cependant, avant de repartir, le "Papa" (Michael Lonsdale, excellent dans ce rôle), glisse un « N’oublie pas que tu n’es pas de la famille » qui avorte toute tentative de remise en question pour notre héros et nous relance dans cette histoire inintéressante qu’est la recherche des coupables.
On finira par le trivial « Allez viens boire un coup traditionnel à la maison » et le « non » catégorique qui scelle le destin de paria de tous ces juifs qui n’ont pas désiré s’installer en Israël. Petite critique de l’intégrisme israélien.
Et ceci, après 2h40 de justification d’un sionisme meurtrier.
Derrière, les deux tours du World Trade Center. La boucle est bouclée. De là où aurait pu naître l’espoir, résonne l’image d’un combat sans fin. Finalement, peut-être qu’il faut en effet se couper les ongles, même s’ils repoussent.

Au sein de toute œuvre se trouve la contre-œuvre. Et ce qu’on aura vu, ici, ce n’est pas une critique mesurée du problème israélo-palestinien, mais une boucherie légalisée par l’éthique des personnages. Une éthique plus que suspecte, mais suspectée en filigrane, régulièrement, finement, et finalement qui passe presque inaperçue.
On reste avec l’image des gentils juifs et des méchants arabes.
Le monde de Narnia révolte par son manichéisme classique. Mais c’est un film pour enfants, il faut bien construire la morale. En parlant de morale, on remarquera que dans Narnia, il n’y avait pas de « Et tu rendras œil pour œil, dent pour dent » dans la bouche des humains (la gueule du lion à la fin ne compte pas :-). Et puis on s’amusait dans ce pays imaginaire, on ne s’embêtait pas une seconde…
Par Le_Psychohistorien - Publié dans : critiques
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Mardi 17 janvier 2006

Manderlay (2005) - Lars Von Trier.

Suite très attendue de Dogville, Manderlay s'inscrit au centre de la "Trilogie de l'Amérique", une trilogie qui devrait trouver sa fin en 2007 avec Washington.
Ce film, que l'on pourra cependant apprécier sans avoir vu au préalable Dogville, ne pourra être apprécié du spectateur qui, en 2003, n'a pas réussi à "entrer" dans Dogville.
Car la construction cinématographique de Manderlay lui est en tout point similaire : mêmes décors nus et réduits à leur simple "expression", traitement du récit (voix off, chapitrage sous forme d'intertitres) et récit (une jeune femme arrive dans une ville et découvre ses habitants) similaires voire identiques... jusque dans la partition symphonique, tout était déjà là dans la ville de Dogville.
Alors, on prend les mêmes et on recommence ?
Non. Justement, non.

Remplacer Nicole Kidman et James Caan, seuls personnages rescapés de l'entreprise Dogville, a permis à Lars Von Trier d'ouvrir une autre porte. La seule peut-être qu'il y avait à ouvrir pour ne pas régresser, celle de la réincarnation.
Car c'était l'écueil possible de ce film. Avoir remplacé la fragile et terrifiante Kidman par une jolie actrice sans profondeur, mise à nu au bout de seulement quelques séquences.
Et c'est ce à quoi on s'attend, lors des premières images...
Et c'est ce que l'on oublie très vite, car il y a instantanément carnation, incarnation et ré-incarnation de ce couple terrible que forment Grace et son père. C'est leur peau, le visage en lame de couteau de Dafoe, et la texture diaphane du visage de la jeune Bryce Dallas Howard (qui n'a que 24 ans !) qui investissent l'espace entre l'écran et le spectateur. On est bel et bien au milieu du monde créé par Lars Von Trier. Car quoi de plus efficace que d'appeler arbre, l'arbre. Ecrit à la craie par terre, il devient tous les arbres. Et personne ne pourra alors dire devant cet arbre: "Non ce n'est pas mon idée de l'arbre, je sais ce qu'est un vrai arbre, tout ceci est faux, on est dans un film !"
Le montage est l'autre pièce maîtresse de cette incarnation réussie. Car ce montage issu du Dogme'95 ne laisse jamais l'oeil tranquille, les hommes ne sont (encore comme dans Dogville) jamais filmés comme le plateau décor, c'est-à-dire par longs et beaux travellings et panoramiques, mais frontalement et toujours dans le mouvement. C'est cette dynamique particulière qui fait peut-être que jamais on ne dévisage Grace inutilement, jamais on ne doute de son authenticité.
L'esthétique n'est pas parfaite cependant. Le film pêche parfois par manque de rigueur (plans surexposés inexcusables pour un film tourné en DV) ou trop d'esthétisme (des effets spéciaux assez ridicules vu le contexte) mais il s'en sort toujours car l'intérieur bat comme un coeur, pulse et domine les erreurs. "Faites un bon film, on pardonnera vos erreurs". Il n'y a rien de plus vrai.

Le thème abordé ici, très proche du thème discuté dans Dogville, est l'esclavage. Bien entendu, à tous ceux qui ne voient qu'une histoire de racisme, je ne saurais que trop leur conseiller de le revoir une seconde fois pour mettre en exergue le rapport esclave-oppresseur, rapport complexe dont la part d'ombre est tapie, selon Lars Von Trier, en chacun de nous.
Il est inutile de discuter sa thèse car le film s'impose comme hurlant la vérité, une vérité. Il n'y a pas de "moi, je n'aurais pas fait ça" possible, c'est l'intégrisme revendiqué d'un réalisateur qui entraîne jusqu'au bout, ou laisse en chemin le spectateur.
Mais pour celui qui le suit à terme, c'est le cinéma qui l'emporte. La salle se referme sur vous et, sur les dernières notes de "Young Americans" de David Bowie (encore une fois) émerge lentement la dernière phrase.

C'était quand même un grand film.

Par Le_Psychohistorien - Publié dans : critiques
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